29 août 2016

The Heartless Heart

They say the kingdom of God is in me
But what is in God ?
What's in a star ? And who, the heart of the Sun ?
No light in there, no fire.
No word of peace or prophecy
Yet there is no silence.
And whence does grace flow from
And runs into madness the one she forsakes ?
O Heartless heart, father of none but joy and death !
And through the black ice of death
Not even the purity of diamond
But stench and horror and fear
O Spiritus Mundi new creatures arise
And they're not smiling of joy, no !

William Butler Yeats - LE SECOND AVENEMENT (traduction contre Yves Bonnefoy)

       William Butler Yeats (1865-1939)

    LE SECOND AVÈNEMENT


    Tournant et tournant dans le gyre s'élargissant
    Le faucon n'entend point le fauconnier;
   
    Tout s'effondre ; le centre ne tient plus;
    L'anarchie est lâchée sur le monde,
    La marée maculée de sang est lâchée, et partout
    La cérémonie de l'innocence est noyée;
    Les meilleurs manquent de toute conviction, tandis que les pires
    Sont plein d'intensité passionnée.   

    C'est sûr qu'une révélation est à portée de main;
    C'est sûr que le Second Avènement est à portée de main.
    Le Second Avènement ! Sitôt ces mots sortis
    Qu'une immense image sortie du Spiritus Mundi
    Trouble ma vue : une désolation de sable désert;
    Une forme au corps de lion et à tête d'homme;
    Un regard vide et sans pitié pareil au soleil,
    Mouve ses lentes cuisses, tandis qu'alentour
    Tournoient les ombres indignées des oiseaux du désert.
   
    Les ténèbres coulent encor mais je sais
    Que vingt siècles d'un sommeil de pierre
    Furent dérangés jusqu'au cauchemar par un berceau ballant,
    Et quelle bête atroce, son heure enfin venue,
    Se traîne-t-elle vers Bethléem afin d'y naître ?

   
    Traduction Régis Gronoff 2016

29 juin 2016

Fleuve

Fleuve
je donnerai voix au sceptre de ton sein tourmenté
Que soit ici scellée une alliance
Entre tes flots bondissants
Et le chant qui se veut naître

Fleuve
tu charries dans le fracas de tes flots
toutes les voix des morts petits et grands
et les rires des enfants de l'hiver
comme tu brises les hommes de labeur
sous les premiers feux d'équinoxe

J'ai posé sur tes eaux une barque frêle
elle a pour voile la première rose du printemps
et pour compas le cri de l'oiseau hurleur

Là-bas ! Pour la mer ! Qu'un chant se lève et dise:

Une rose est allée où partent les oiseaux
L'or martelé sidérant au champs vespéral
Idole de soi ballant comme d'île en île
Partance ! Voici déjà tanguante cette nef
La bruissante sous la brume claire tous mâts
Craquant comme la noix sous la poussée

Chacune vient d'ors
Vieillard cuit des aussières

La rose silencieuse sous les nuages
Enfant bleu aux yeux pétris de larmes
Bras déchirés par les chaînes de fer

Cet esquif où l'Être s'appert
Sa voile est une rose sous la bourrasque
Et dans les feux d'orage
dans le grondement du fleuve
Dans l'immensité turbulente et par instants claire
De l'Océan où tout naît et renaît jusque sous la glace
Jusqu'au noir diamant de l’Éternité.