10 avril 2006

Les passions ne sont pas du feu

On parle souvent du "feu des passions" ou de "passion dévorante", mais c'est à mon avis à tort.
Les passions en effet me semblent plus en rapport avec l'élément liquide. Le feu, en effet, transforme tout ce qu'il touche en sa propre nature. Mais l'eau - ou plus exactement le bourbier - des passions nous étouffe et nous noie sans pour autant jamais parvenir à obtenir le consentement de notre cœur. Comme l'huile dans une eau agitée, il arrive parfois que le baptisé perde son hésychia (quiètude) à cause d'un trouble corporel.
Mais alors qu'il perd la douce quiétude que lui procurait le l'Esprit divin, il est comme le prophète contemplant Jérusalem en ruines: il ne se réjouit pas comme l'homme mondain des satisfations de son ventre, mais voit le don de son baptême dévoré comme un agneau par les loups sanguinaires! Alors il passe de la joie paisible aux larmes et aux lamentations les plus déchirantes, de la sainte eucharistie aux psaumes de contrition. Comme Judas, il a vendu la paix divine pour une satisfaction passagère, mais plutôt comme saint Pierre après son reniement, il revient et supplie, non comme un mendiant, mais comme un enfant désobéissant qui pensait pouvoir aller jouer avec des voyous impunément et s'est fait frapper et dépouiller par eux; il revient, dis-je, auprès de son Dieu comme auprès d'un Père bon et miséricordieux pour être lavé de toutes les fautes confessées dans les larmes.
Alors l'Esprit consolateur, dispensateur de joie, souffle sur les eaux pour les calmer et l'huile remonte doucement à la surface, jusqu'à ce que l'intellect, tel la mèche d'une lampe votive, s'allume dans la douce paix retrouvée d'une liturgie sans fin.
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