14 août 2012

Sables


Aux confins du Ponant s'étendait ma Syrte. 

Or des sables que dérangeait à peine le tonnerre des vagues fraîches, or encore qui perlait aux confins de chaque crête, chaque embrun, et qui parfois venait sur nos joues déposer une trace de sel dont la saveur nous durait jusqu'au soir.
Et parfois une bruine perlait encore et c'est du ciel que nous venait cette clarté d'une eau très douce et, là où le regard ne pouvait qu'entrevoir le jeu des eaux parmi les courants du ciel et de la mer, l'esprit s'attardait dans l'espérance de l'orage et de la foudre sur la mer.

Dans la forêt aux masques, Ô ma douleur, se réfugient les ombres de l'enfance. Et c'est aux heures lourdes où vivre nous est terreur et l'éveil nous est horreur, quand l'homme demeure pour ce temps si peu sien dans le tremblement des choses qui furent et la glace des choix qui nous emportent, que l'appel d'une ombre de simple fraîcheur nous est tentation et larme de la mémoire.

Et nous voici nu-pieds à l'à-pic des falaises de calcium, nu-pieds sur le nacre et l'opale et les galets qui ponctuent l'immense charnier de mollusques et de vers, d'insectes et de crustacés, toutes choses et toutes vies brisées qui sont la grève et les murs de la ville sur l'à-pic des plus hautes falaises, nu-pieds près du chaos des vagues - et l'océan lève nos masques par l'effroi d'une plus haute vague et la noirceur d'un nuage plus bas que le vol de l'engoulevent sur l'horizon qui craque de l'orage en Ouest.

Et la forêt aux masques n'est plantée que sur le sable, et le sable fuit entre les doigts des enfants parmi leurs rires et leurs cris, parmi leurs larmes et leur course sous le vol du labbe qui poursuit la sterne jusqu'aux confins de l'orage où la mer n'est plus que noir et le vent - le vent trace des cicatrices de lumière au creux des vagues d'obsidienne sous un ciel de graphite.

Dans ma Syrte près du port le canon a tonné midi.

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