22 mars 2013

Deux Fragments d'Atlantide

1

Au dieu forgeant des îles, enfant qui rit le cœur des volcans !
je dirai que nous étions enfants de fer dans l'eau cuivrée qui donnait aux mains des femmes la saveur du sang des bêtes dont nous couvrions nos autels de gypse.

Dans les allées d'asphalte des parcs aux senteurs d'agrumes, un cheval parfois s'approchait pour humer nos mains, et nous tenions sa crinière comme l'assurance d'une force qui s'étendait par toute la terre. Car pour monter nos bêtes nous ne revêtions point d'armures, car nos guerres étaient des joutes ancestrales qui ne faisaient point pleurer nos femmes - guerres des blés et des pâtures dont nous avions l'assurance qu'elles seraient jouées aux dés, car un plus haut tenait en même estime le pâtre et le cultivateur, leur assignant les mêmes astres pour s'astreindre à des tâches symphoniques dont les prêtres annonçaient l'ordre immuable par des fêtes et des chants - célébrations propices aux noces de tous rangs et de tous lignages au coeur des temples de marbre au parfum de térébinthe où les ors marquaient des noms très précieux sur les dalles d'obsidienne.

Je parle de ce qui fut et dont nulle trace n'est gardée, sinon dans la naissance de nos chants que d'autres hommes venus de terres plus arides adressaient au plus clément comme geste de propitiation pour tout sang versé dans les chasses et dans les combats, dans les accouchements sur des linges trop secs, dans ces terres où les larmes brûlent la peau des femmes

2

L'été au ponant interpelle une vertu plus fière
parmi les estocs portés aux printemps trompeurs
tandis qu'aux filles du jour nous apportions des linges frais
parfumés de myrte dont les buissons parcellaient l'ardeur des blés tendres
que les hommes aux mains rugueuses s'apprêtaient à faucher.

Lierre sur les murs et vignes aux tonnelles
voici qu'une ombre douce rend propice le temps du poème,
estoc et taille dans la langue des hommes, estoc et taille
dans nos mémoires mécréantes que la fraîcheur des tombes de nos morts
ne parcelle qu'à grand peine à rendre arable pour la propitiation de la chose qui vient à être dite - et doit se dire dans le plus haut chant du verbe le plus pur,
verbe né des hommes dans leur plus haute naissance
aux temps immémoriaux des grandes migrations,
temps des premières jachères qui virent les premiers sacrifices
et le premier sang du frère qui paissait les bêtes sur des pâtures d'herbes rares
sur les hauts plateaux de calcaire et de grès, près de mers aux flots imprévisibles
dont les marées périlleuses nous annonçaient des récoltes de grands crus.

Et puis vinrent d'autres bêtes que des hommes de haute stature montaient à cru
dans des cris de plaisir féroce qui faisait taire leur peur.
Ils parlaient en langues étrangères et leurs mots semblaient évoquer des villes
dans la poussière des plaines sableuses près d'un fleuve

Et ce fleuve n'est plus que poussière de sable et les chevaux peintures sur les murs,
et nos mains de poète tiennent à grand peine la fleur allumée aux huiles des térébinthes, et dans ton demi-sommeil le regard doux d'une bête mourante

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