29 avril 2014

Pour Un Manifeste Poétique

Le poème comme objet de langage disjoint dépourvu de références visuelles, des blocs de parole discrets que l'homme en sa chair de tâtonnements et sa pensée bégayante éprouve comme sa propre création de vie intérieure. Un vitrail pour aveugles-nés qui, sans recourir jamais à des abstractions, fasse image dans l'esprit de l'homme même s'il est handicapé d'un ou plusieurs sens - aujourd'hui trop souvent par surcharge, claquements de fouets de bêtes brutes et hurlantes, et qui visent à lui maintenir de force le regard baissé dans l'hébétude de son propre viol jamais consenti.

Écrire pour qui n'est jamais né, nommer de l'inouï des constellations qui apaiseront les pas de l'à naître dès avant le premier matin du monde, et dégager ainsi la présence de qui, en nous, ne tombe jamais sous les sens et a depuis toujours oublié la mort, n'étant jamais né, jamais connu, mais dont les rêves nécessitent le plus prompt secours et l'immédiate guérison.

Dans le rêve guéri, le Dieu plus intime est un enfant rieur qui se moque des hommes en arbitrant leurs jeux du soir, et sa méchanceté elle-même est une bénédiction de l'innocence.

1 commentaire:

Anonyme a dit…


La pierre.
La pierre dans l'air, celle que je suivais.
Ton œil, aussi aveugle que la pierre.

Nous étions
des mains,
nous vidions les ténèbres, nous trouvions
le mot, qui remontait l'été :
Fleur.

Fleur - un mot d'aveugle
Ton œil et mon œil:
ils s'inquiètent de l'eau.

Veille silencieuse,
pan de cœur par pan de cœur
cela s'enfeuille.

Un mot encore, comme celui-là, et les marteaux
s'élancent dans l'espace libre.


Tant d'étoiles, que l'on nous tend.
J'étais,
quand je te vis - quand ? -
dehors parmi
les autres mondes.

O ces chemins, galactiques,
O cette heure, qui nous
compléta des nuits sur le fardeau de nos noms. Il n'est,
je le sais, pas vrai,
que nous ayons vécu, il passa aveugle un souffle entre
Là-bas et Pas-là et le Parfois,
un œil siffla comme une comète
allant vers l'éteint, dans les ravins,
là, où cela se consume sans éclat, se tenait
le temps, en majesté
et déjà vers le haut, vers le bas, poussait sur lui
ce qui fut ou ce qui sera -,

je sais,
je sais et tu sais, nous savions,
nous ne savions pas, mais
nous étions pourtant là et pas là-bas,
et de temps en temps, quand
seul le Rien se tenait entre nous,
alors nous étions totalement l'un et l'autre


En haut,
les voyageurs
demeurent
inaudibles (Paul Celan)