24 mai 2014

Escroquerie du commerce de l'art


La notion d'auteur est capitaliste, elle cautionne le vol du travail réel dont une œuvre n'est au mieux qu'une exposition, au pire un symptôme, dont l'usufruit n'est attribué qu'au seul scribe dont le témoignage est jugé infaillible (qui d'autre que l'artiste peut être jugé observateur fiable de la source de son œuvre ?).
La création d'une œuvre est un moment du monde conditionné par la totalité de tous les devenirs qui la rendent possible et que « l'auteur » se contente de noter selon sa propre représentation et selon le style qu'il s'efforce d'affiner non pour que cette œuvre rencontre un public, mais simplement pour qu'elle existe dans le monde comme une impossibilité du monde.

La mise au monde (exposition, distribution, concert, performance, etc.) de l’œuvre n'est en ce sens qu'une restitution, un acte de justice, pour laquelle l'auteur ne peut prétendre à aucun droit.
Quelqu'un qui fait métier d'un art devrait être rémunéré comme tel, mais uniquement au salaire minimum, et ne toucher de droits que marginalement sur des formes de distribution qui, à leur tour, ne devraient pas enrichir le distributeur autrement que par l'accès privilégié à la jouissance de l’œuvre (autrement dit comme second spectateur de l’œuvre, l'artiste en étant le premier et le public le troisième).
« J'écris pour les analphabètes », disait Antonin Artaud. L'auteur ne doit créer que pour, c'est à dire à la place des déclassés, des déshérités, des parias - et en tant que déraillé du Chemin de Fer de la société.
En ce sens le poète se tue avant de mourir (Rumi) pour ceux qui vivent de ne pas mourir - les hagards, les fous, les fracassés, les exploités - tous ceux qui n'auront jamais par la glaciale injustice des hommes accès à l’œuvre qui manifeste leur humiliation dans des feux d'or et de pourpre que l'Art fait jaillir d'un peu de terre et d'un crachat pour frapper d'aveuglement - car le temps n'est plus aux guérisons - ceux qui se croient le droit de tuer pour continuer à vivre.


Il se naît dans les ors et dans les oripeaux,
Dans l'huile et l'eau, la boue et le sang des drapeaux,
Près des pendus d'hier et dans les plaintes des réprouvés,
Dans un cri qui monte jusqu'au mur d'un Monsieur,
Une larme, diamant chétif d'une couvée
Frêle et apeurée comme la bave des Cieux.

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