18 mai 2014

Le vrai philosophe est essentiellement déraillé

Le vrai philosophe est essentiellement déraillé.
Les imposteurs sont installés.

Ça a commencé avec Socrate dont la pensée jaillissait du point de
déraillement et entraînait avec elle tous les petits wagons bien rangés
des sophistes sur le train de la Tradition. Finalement le chef de train
a décidé de tuer le déraillé pour que la jeunesse ne soient pas tentée
de sortir des rails fixés par l'habitude, le mythe et la convention.

Spinoza a déraillé en trois temps:
- refus de l'héritage paternel qu'il cède intégralement à son frère.
- excommunication de la Synagogue (mais eût-il été chrétien, il se
serait aussi fait virer de l’Église).
- enfin la tentative d'assassinat: toute sa vie Spinoza a porté le
manteau déchiré par le coup de couteau qui a failli lui être fatal.

Le philosophe déraille et remet son sort entre les mains de sa génération.
Parfois l'Humain lui fait l'aumône d'un livre ou d'une chaire
universitaire. Parfois elle le laisse mourir dans un mur de silence. Le
mur peut-être le fruit d'une « thérapie » psychiatrique comme ce qu'a subi
Artaud.

Dans le cas de Jésus, l'Humain a clairement établi que l'instrument de
son exécution devait constituer l'unique rail du salut.
Jésus qui avait déraillé la honte, la culpabilité, le péché - qui
enseignait à pardonner sans conditions, à aimer ses ennemis, à répondre
à la haine par l'amour - l’Église - l'Humain - a remis sur son nom
toutes les effigies de la honte, de la haine, de tout ce qui visse les
yeux de l'homme sur sa glèbe en remettant le pardon et la joie -
devenues des probabilités incertaines parce qu'on a fait du Christ un
juge ! - à demain, demain après la mort, peut-être...

Le vice radical de l’Église c'est d'avoir fait des attributs du
déraillement philosophique le principe d'un nouveau Chemin de Fer: les
premiers moines chrétiens qui tuent les savants et singent les
philosophes-ermites dans leurs déserts ou leurs poubelles - au nom de
quoi ? « Vous courez pour rien parce que demain - DEMAIN - Jésus vous
jugera et vous condamnera pour votre impiété.»
Mais aujourd'hui Jésus pardonne tout, ne juge rien, ne condamne
personne, mais bénit jusqu'à ses bourreaux.

Sur le Chemin de Fer le maître est un esclave et l'esclave se prend pour
le maître.
Pour le déraillé - qui n'est et ne sera jamais plus ni esclave ni maître
- Dieu est partout et tout est Sa volonté sainte, à
condition de fuir la tristesse et de toujours viser la joie.
« L'homme triste est toujours bête. L'homme joyeux est toujours
intelligent.»

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