24 juin 2014

La visée première, c'est le plus petit des hommes.

La visée première, c'est le plus petit des hommes. «J'écris pour les illettrés» dit Artaud. « Que peut un corps ?» demande Spinoza, après avoir renoncé à sa part d'héritage paternel, quitté sa famille et sa communauté religieuse (avec la violence que l'on sait) et pris un petit atelier de polissage de lentilles. Spinoza vise en toutes choses le plus petit des hommes qu'il s'est efforcé de devenir, au risque de sa vie, pour pouvoir philosopher.

Van Gogh peint le petits hommes de Hollande du point de vue d'un homme plus grand (qui dispose de l'autorité pastorale) et il les peint comme des patates informes. Ce n'est que quand il devient doublement étranger - comme Hollandais en France et dans sa découverte invasive de l'art japonais d'abord, puis comme aliéné à l'asile - qu'il accède à la forme pure où tout n'est plus que mouvement et lumière, sans lignes, les éléments du tableau ne se distinguant plus que par la couleur.

La Nuit Étoilée, c'est la totalité vécue par un point. Van Gogh ne fait plus surface: ses autoportraits ne sont que des champs magnétiques dont le visage n'est pas le centre, étonnante préfiguration des attracteurs étranges dont les propriétés ne seront pleinement étudiées qu'avec l'ordinateur, près d'un siècle après son suicide.




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