26 juillet 2015

Le passé c'est le monde

Le passé c'est le monde, composé de tout l'immonde de l'événement. C’est sur cette immondicité du monde que se constitue la volonté comme venue de la présence à la présence en se ratant chaque fois : l'être du vouloir ne parvient jamais à se nommer proprement parce que le langage est lui-même une répétition du passé, donc un immondice - ce pourquoi l'obsession des racines, des origines, est toujours le signe d'une pourriture intellectuelle et morale.

Cet échec ne fait qu'ajouter au monde, ne produit qu'encore plus de monde, donc d'immondices propices à l’avènement d'autres formes de la volonté, toutes aussi piégées par le retour du même.
Quoi qu'il se produise hors de moi, du fait de la relativité, est toujours du passé. Autrement dit la cause de ma mort, toujours extensive, est déjà morte, déjà du passé.
 
C'est pourquoi le danger majeur pour soi, c'est la répétition, parce qu'elle appelle ce qui est déjà mort, déjà immonde, au point de la présence et de la nouveauté, du surgissement que je suis. Or la répétition est le fait premier du langage: personne ne parle "avec ses propres mots" comme dit la plèbe qui se croit "progressiste" - parler c'est répéter, c'est souiller le point de l'événement.
Alors bien sûr, au prix d'un grand effort, on parvient quelques fois à piéger le langage et à faire coïncider parole et événement. C'est la poésie. Mais le risque est grand de ne pas en sortir indemne et de se retrouver aphasique, bègue ou dément. Hölderlin, Nerval, Artaud et d'autres en ont fait la terrible expérience.

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