15 novembre 2015

Le terrorisme est-il le fait de victimes de la société occidentale ?

Le terrorisme est-il le fait de victimes de la société occidentale ?

Oui et non, là encore il faut s'interroger sur la nature des forces en présence.
Il y a certes une part de responsabilité de l'Occident dans la situation
présente mais pas uniquement.

Axiome: Toute force veut la domination.

Lexique: volonté et visée sont ici des termes synonymes qui désignent le
sens de l'action ou de la réaction d'une force. Le terme de visée
appelle également les idées d'horizon, de point d'observation et de
distance focale.

Par là j'entends qu'aucune force agissante, que ce soit de l'intérieur
d'un corps (force active enthousiasmante par la joie) ou depuis
l'extérieur (force réactive contraignante par la tristesse), ne veut
l'égalité avec le corps de forces (puissance) qu'elle combat.
Ainsi les forces agissantes dans le féminisme veulent la domination sur
le genre humain, pas l'égalité de droits avec les hommes.

Idem, au lu de Fanon (le penseur noir le plus intelligent et le plus
pertinent du 20è siècle), il va de soi que s'il critique le concept de
négritude c'est parce que celui-ci ne permet pas de s'approprier le
concept plus intégrant d'humanité. Fanon parle d'humanité de couleur. Ce
concept lui permet d'intégrer la plénitude de l'humanité dans la
contingence, essentialisée par les Blancs, de la couleur de peau et de
viser pratiquement la domination de l'humanité par les hommes de couleur.

Ainsi le recours à l'Islam couplé à la tactique du terrorisme aveugle
mis en œuvre par le FLN pendant la guerre d'Algérie (et d'abord exposé
par André Breton dans le Second Manifeste du Surréalisme dans les années
20) constitue une arme visant non pas à faire entrer le monde musulman,
issu du colonialisme, dans le Premier Monde occidental, mais à le
remplacer en éradiquant l'Occident comme tel par la destruction radicale
de toutes les théories qui le sous-tendent.

Comme la théorie du terrorisme est d'abord le fait d'une pensée
occidentale minoritaire (cf. supra), nous ne pouvons pas en former
l'antithèse sans abdiquer un constituant de notre propre théorie. En
fait le terrorisme est plus extérieur à l'Islam comme corps de croyants
en la vie éternelle qu'à l'Occident post-religieux qui ne constitue plus
que des subjectivités temporaires et mutantes (via principalement le
capitalisme et la psychanalyse, conjointement à l’œuvre dans tout le
publicitaire du discours libéral du capitalisme triomphant: le discours
capitaliste est toujours publicitaire parce que l'objet de production
est toujours un fétiche).

Tout le discours de l'EI tient par contre dans la mise en avant du
nomadisme: le combattant est toujours en marche, locataire d'un monde
dont il ne se réconciliera la grâce du Créateur qu'en mourant après
avoir contribué à détruire le mensonge de l'illusion de la propriété.
Cette pensée, loin d'être puisée dans le Coran ou d'autres sources
religieuses traditionnelles, et éminemment post-moderne et curieusement
aryenne, pas sémitique. Pour en trouver la théorie il faut en effet lire
Dumézil et Deleuze pour comprendre la mise en œuvre des forces de la
machine de guerre nomade contre l'appareil d'état représenté par le
roi-magicien (les états occidentaux maîtres de la production
capitaliste) et le prêtre-guérisseur (le spectacle lié à la production
capitaliste qui renforce la dimension fétichiste de l'objet produit -
tout spectacle capitaliste est d'abord publicitaire).

Ce que l'Islam a en propre par contre c'est, comme le Judaïsme avant sa
réforme, l'iconoclasme et le fétichisme de l'écrit. Comme toute son
efficacité passe d'abord par la lecture de messages écrits, l'impact des
images produites, loin d'être diluées dans la masse des objets
remplaçables du capitalisme, est de pure intensité. Autant les images
violentes du cinéma américain et du jeu vidéo nous indiffèrent, voire
nous distraient (au sens pascalien), autant le fait de la violence
islamiste nous interdit le recours à l'image et nous force à la pensée
verbale autant qu'elle nous restreint à la seule expression également
verbale de cette violence.

Aucun film américain n'a repris dans une fiction des images telles que
des gens en flamme se défenestrant des tours du WTC pour mettre un terme
désespéré à leur souffrance (geste qui pourtant rejoint celui de Deleuze
également vaincu par la douleur et dont nous trouvons l'expression
préalable dans son dernier essai "Une vie"). Or une telle image est bien
de celles qui suspendent à jamais la croyance en l'individualisme issu
des Lumières et du capitalisme.
L'individu n'a pas sa finalité dans la consommation fétichiste des biens
de production, mais dans sa réconciliation finale avec le feu et la
mort, dans une geste qui rappelle curieusement celui d'un des premiers
Occidentaux, le penseur présocratique Empédocle d'Agrigente.

Si l'on veut à tout prix sauver une identité occidentale, il faudra
peut-être se demander où sont, aujourd'hui, les sandales de bronze
d'Empédocle autrement dit: que restitue de nous le feu volcanique
lorsque tout est perdu.

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